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Ascension du Canigou par la Cheminée en deux jours en été

Publié le 02/08/2026.

Antonin Hérault touchant le croix du Pic du Canigou avec une vue dégagée sur les Pyrénées
Photographie par A.C. . Usage restreint

Etapes

Points d'eau


Préparation

L'idée de faire l'ascension se fait un peu à la dernière minute. On est mercredi et je dois trouver un moyen de monter sur le week-end et de revenir le lundi. Puisque je devais rester une semaine au Camping des Cerisiers à Vernet-les-bains situé au pied du Canigou, Vernet sera notre point de départ. Je recherche un peu, et je tombe sur un article de blog. On va partir sur cet itinéraire.


Capture d'écran du tracé pour l'ascension du Pic du Canigou Profil arithmétique d'un trajet pour l'ascension du Pic du Canigou
Tracé GPX de l'ascension du Canigou en passant par le Refuge des Cortalets et la Cheminée, téléchargeable ici

J'ai redessiné plus précisément le chemin de l'article à l'aide de l'application de l'Etat Cartes IGN qui est très pratique et qui, avec les bonnes couches de cartes, indique tous les sentiers de randonnées pédestres.

Après un appel passé à l'Office de tourisme le vendredi pour connaître les restrictions en vigueur, la météo, les températures et la fréquentation, du dimanche et du lundi, on prépare nos sacs.

Une tente, un duvet, un matelas, une veste coupe-vent, une polaire, un tee-shirt pour la nuit et un technique pour le jour, un short et un pantalon, puis dans un petit sachet : crème solaire, stick à lèvres, pansements pour les ampoules, sparadrap et désinfectant, sans oublier la lampe frontale, le réchaud de trekking et son gaz, deux bouteilles de 1L, les pastilles désinfectantes à défaut d'avoir une gourde filtrante contre bactéries et virus. En rajoutant la nourriture : barres de céréales (6 par jour), deux sandwiches, des coquillettes et de la soupe déshydratée pour le soir, je suis à environ 13kg sur le dos. C'est beaucoup, mais j'ai pas investi dans de l'ultra-light partout. Ma tente, c'est la MH100 à 30€ de chez Décathlon et elle pèse une tonne.

Je ne recommande vraiment pas un poids supérieur à 15kg, surtout en passant par la Cheminée et surtout avec une descente aussi longue. Une erreur de notre part a été de négliger les bâtons de marche. Prenez-en. Les bâtons de la nature ne sont pas idéals mais ça doit être le minimum, ne marchez pas des heures sans bâtons qu'ils soient en aluminium, en carbone ou en bois !

Jour 1 : de Vernet-les-bains au refuge des Cortalets

Et puis voilà, on prend la voiture, un peu tous sérrés avec nos gros sacs à dos pour deux heures de route depuis l'Hérault jusqu'à Vernet-les-bains dans les Pyrénées catalanes (66). Avant d'arriver au camping où on passera la nuit, on aperçoit depuis la route le monstre de 2780 mètres d'altitude : El Canigó, sous la brume et le ciel gris qui annonce l'orage. Terrifiant et à la fois magnifique. On arrive au Camping des Cerisiers, où on a juste ce qu'il nous faut : un terrain où mettre les tentes et poser la voiture, et des sanitaires pas loin. La nuit nous coûte à peine 10€ par personne. Puisque j'y suis retourné plus tard, je dois avouer qu'il propose beaucoup plus : une piscine avec vue sur le Canigou, les croissants le matin, un snack, des activités, un spa et des jeux extérieurs. Mais nous, on cherchait pas le grand luxe, on voulait juste dormir une nuit avant de faire 5h de marche le lendemain.

En voiture, on est à 5 minutes à pied du point de départ. On trouve pas le parking dont j'ai entendu parler mais en discutant avec les passants, on décide de se garer sur le bord de la route dans la terre. Et puis c'est parti. Il est autour de 9h. C'est un départ tôt puisqu'il nous fera arriver au refuge vers 15h. Les premiers mètres sont terribles. Le poids du sac se fait ressentir, on ne s'imagine pas capables d'atteindre tout là-haut, il fait chaud. Puis une fois le premier kilomètre passé, tout se passe bien, l'effort est simple et le paysage vraiment beau.

Peu après le kilomètre 5, il y a un petit passage qui descend vers un cours d'eau clair. On vient remplir les gourdes à la mini cascade. Cette eau n'est pas forcément directement potable, alors on la nettoie avec les pastilles (puis il faut attendre 30min avant de la consommer). C'est le dernier point d'eau avant le kilomètre 9.

Après ce point d'eau, l'ascension devient assez rude jusqu'au Coll de les Voltes au kilomètre 7 où on s'arrêtera pour manger et faire une sieste, parce qu'après tout, on va vraiment arriver en avance au refuge. Une route permet de venir jusqu'ici en voiture alors qu'on est déjà à 1800m d'altitude.

Deux marcheurs dans un montagne entourés de grands arbres en été
Photographie par Antonin Hérault. Sous licence CC BY-NC 2.0 FR

Le reste du chemin jusqu'au Ras dels Cortalets est vraiment simple, sur une route large en terre. Quand on y arrive, on croit être arrivés au refuge. Il y a une petite maison en pierre (cabane non-gardée) et un point d'eau. De quoi faire du bivouac, certes, mais on voyait ça... plus grand.

Une petite maison en pierre dans la montagne avec un sac à dos posé devant
Photographie par Antonin Hérault. Sous licence CC BY-NC 2.0 FR

C'est là qu'un groupe de randonneurs d'une cinquantaine d'années nous indique que nous sommes au Petit Cortalets non pas au Refuge des Cortalets. Il reste encore 1km avant d'atteindre le refuge. On remplit les gourdes et on repart. Pas besoin de pastilles, c'est de l'eau de source.

On s'égare légèrement du chemin pour passer par un sentier de rando plus ou moins balisé au fil du trajet pour éviter d'être sur la route aménagée pour les voitures, même si on en verra pas une seule rouler.

On arrive enfin au refuge après 6h mais concrètement 3h30 de marche sans compter les pauses. Je discute avec le gardien (ou l'aide-gardien, qu'en sais-je...) sur les conditions du bivouac, l'accès aux sanitaires et l'ascension du lendemain. Le grand chalet qui domine le terrain est en travaux, et seul un abri quasi militaire accueille les randonneurs. On prend des bières présurisées à 2150m d'altitude et des cacahuètes : le grand luxe.

On attend 19h pour planter les tentes sur l'aire de refuge. C'est la réglementation pour préserver les espaces naturels et éviter de dérégler l'écosystème. Certains sont déjà installés, au mépris de la nature. Bref, on trouve un endroit face au Canigou, à 100m du chalet. Une vue magnifique.

On joue aux cartes avec une dame et son fils qui eux passeront par le chemin "conventionnel" depuis les Cortalets, c'est-à-dire d'abord sur le GR36 puis par le Pic Joffre en aller-retour. Tous les gens qu'on a croisé ne nous ont d'abord pas cru qu'on a dit qu'on passait par la Cheminée : "mais on peut pas passer par la Cheminée depuis les Cortalets ?!". Ok, c'est un détour, mais c'est vraiment sympa comme route et ça permet de voir le Canigou sous tous ses angles.


Trois tentes dans une forêt. Une femme sort sa tête de la tente avec un sourire
Utilisable avec accord de l'autrice E.C . Contactez : antoninhrlt@proton.me

Le mieux est de se changer immédiatement après avoir monté la tente, sorti le duvet et installé le matelas pour être bien au chaud et au sec pour la nuit. On subit un peu de vent et les températures assez basses (5°c la nuit) mais je ne regrette pas d'avoir investi dans un duvet 0°c.

Jour 2 : L'ascension par la Cheminée et la descente jusqu'à Vernet-les-bains

On se lève vers 7h pour partir à 8h. On remplit les gourdes au refuge avant de partir. L'ascension de la Cheminée de nuit nous a été déconseillée par le gardien du refuge à qui j'avais parlé. Notre chemin nous fait passer par la Crète de Barbet avec une vue sublime que l'on ne verrait pas pendant la nuit et la Cheminée est assez technique, la faire de nuit la rend dangereuse.


Des randonneurs sur une crête avec une vue dégagées et très haute donnant la côte
Photographie par Antonin Hérault. Sous licence CC BY-NC 2.0 FR

Tout en haut de la crète, on se pose pour voir le Canigou. On aperçoit en face de nous, même si c'est très difficile, un homme en bleu touchant la croix. Le Pic paraît encore si loin et pourtant tellement proche de nous. Après ça, c'est le tour de la descente jusqu'à la Portella de Vallmanya. On a fait 550 de D+ jusqu'au sommet de la crête et on fait 150 de D- avant de refaire 200 de D+ jusqu'au sommet.

Après la Portella, le chemin se fait à trois mains et parfois quatre pour tenir en équilibre entre les roches. Il est bientôt 12h et on croise quelques randonneurs qui redescendent la Cheminée. Autant dire qu'en discutant avec eux, la redescente a l'air vraiment compliquée. On nous l'avait d'ailleurs fortement déconseillée car dangereuse. Mais on apprend une chose : il faut suivre les traits gris dès qu'ils apparaissent, ils indiquent différents chemins à travers la Cheminée. Il faut éviter les chemins sur les côtés, notamment le côté gauche car trop dangereux. Le chemin le plus évident à l'oeil est bien au centre, a l'air bien moins compliqué, surtout avec plus de dix kilos sur le dos.

On commence à vraiment escalader, ça devient impossible de simplement marcher. Pas besoin de cordes, ni rien, juste de l'agilité, de la prudence et de la patience.


Bloc montagneux vertical
Photographie par Antonin Hérault. Sous licence CC BY-NC 2.0 FR

Video par Antonin Hérault. Sous licence CC BY-NC 2.0 FR

Deux de mes amis rencontrent des difficultés à monter à cause de la peur du vide. Je redescends quelques mètres à deux fois pour remonter le sac de l'une d'entre elles. Si j'ai déjà fait de l'escalade une ou deux fois dans ma vie, c'est pas le cas de tout le monde dans le groupe, et on peut facilement être très impressionné par la hauteur et l'escalade à réaliser sans protection. Si le gardien du refuge nous avait indiqué que c'était faisable, je recommande tout de même d'avoir fait au moins une fois de l'escalade et d'être bien conscient du vertige que cela peut provoquer. Pour moi et les autres, ça s'est très bien passé et on a adoré. J'aurais vraiment regretté de ne pas être passé par la Cheminée. Mais il faut rester prudent et être sûr de ses capacités avant de se lancer là-dedans.

Et au bout, après plusieurs dizaines de mètres d'escalade, j'aperçois enfin la croix posée à 2780m d'altitude, couverte de drapeaux catalans. Une vue imprenable sur la mer et les montagnes. Une sensation de fierté immense.


Croix chrétienne couverte de bouts de tissus dont des drapeaux catalans avec une vue sur les Pyrénées
Photographie par Antonin Hérault. Sous licence CC BY-NC 2.0 FR

On se pose pour manger, on discute avec quelques gars. Certains sont passés par la Cheminée, d'autres par le chemin "conventionnel". Un randonneur me dit qu'il fait les Pyrénées en van cet été. J'aperçois un "Free Palestine" marqué au feutre noir sur une pierre. Puis c'est reparti.

Descente jusqu'à Vernet-les-bains

On ne descend évidemment pas par la Cheminée. Déjà parce que c'est dangereux, et puis que le trajet serait bien trop long. Je voulais qu'on fasse une boucle, pour voir d'autres paysages que ceux vus à l'aller. C'est donc par l'ascension "conventionnel" que l'on passe - et que certains repassent (il s'agit alors d'un aller-retour) - le chemin est très rocailleux sur plusieurs kilomètres.

Peu après le pic Joffre, en suivant toujours le chemin, on tombe sur une fontaine d'eau potable. Elle est juste après le kilomètre 17. Puis, la séparation entre le chemin du GR qui ramène aux Cortalets et notre chemin, toujours sur le GR mais qui passe de l'autre côté. On tourne à gauche et c'est reparti. Puis la descente commence vraiment à se faire sentir dans les genoux et les orteils, d'autant que la pente s'accentue et qu'on n'en a pas fini avec les cailloux sous les chaussures. Mais la vue est très belle et le parcours est à nouveau ombragé. Le paysage est sublime, et sûrement même plus sympa que le trajet aller. Et sur ce chemin du retour, on croise quelques randonneurs suivant le GR 10. On prend le temps de discuter avec eux.

On sort du GR au niveau du refuge Bonne-Aigue, au kilomètre 20, pour garder le cap vers Vernet-les-bains, où on remplira les gourdes une dernière fois avant la fin. Mais on a croisé une ou peut-être deux fois une petit rivière. Avec les pastilles, en cas d'urgence, on peut toujours se ravitailler.


Des randonneurs sur une crête avec une vue dégagées et très haute donnant la côte
Photographie par Antonin Hérault. Sous licence CC BY-NC 2.0 FR

La descente est vraiment longue et intense, on n'est pas des experts de la randonnée, et on a fait l'erreur de débutant : négliger le D- face au D+. Finalement, monter une montagne, c'est pas si dur en randonnée. Mais la descendre, ça fait mal. Il faut prendre son temps, prévoir que le trajet sera plus long que prévu, et s'arrêter souvent.

Ce chemin nous fait quelques fois monter un peu pour mieux redescendre, histoire de contourner les montagnes. On passe par des coins de la montagne vraiment différents.

Et puis finalement, on arrive au bout, à la voiture, épuisés, les pieds en compote. Tellement contents de rentrer et déjà nostalgiques. Et pour moi, la boucle est bouclée : "Le Canigou" c'était le nom de ma chambre lorsque j'étais parti, petit, en colo de ski pour la première fois de ma vie dans les Pyrénées.

N'hésite pas à faire un retour sur : antoninhrlt@proton.me

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